
Toxoplasmose et grossesse : tout ce qu'il faut savoir
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Temps de lecture 11 min
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Dès la première consultation prénatale, le mot "toxoplasmose" apparaît. Et avec lui, son lot de questions : c'est quoi exactement, comment on l'attrape, qu'est-ce qu'on peut encore manger, et que se passe-t-il si on est contaminée ? Ce guide fait le tour du sujet, sans stress inutile et avec les informations qui comptent vraiment.
Sommaire
La toxoplasmose est une infection parasitaire fréquente, bénigne dans la grande majorité des cas chez les adultes en bonne santé.
Pendant la grossesse, elle peut présenter un risque pour le fœtus uniquement si la contamination survient pour la première fois durant la grossesse.
Si vous êtes déjà immunisée, vous et votre bébé êtes protégés : aucune précaution particulière n'est nécessaire.
La prévention repose principalement sur l'hygiène alimentaire et quelques précautions simples à adopter au quotidien.
Un suivi sérologique mensuel est mis en place dès la première consultation si vous n'êtes pas immunisée.
La toxoplasmose est une infection causée par un parasite microscopique, Toxoplasma gondii. Elle est extrêmement répandue : en France, environ la moitié de la population adulte a déjà été en contact avec ce parasite, souvent sans le savoir. Dans la grande majorité des cas, l'infection passe totalement inaperçue.
Quand des symptômes apparaissent, ils ressemblent à ceux d'un simple épisode grippal : fatigue, légers ganglions au niveau du cou, courbatures, fièvre modérée. Rien qui ne ressemble à une maladie sérieuse pour une personne en bonne santé. Et une fois que vous avez été infectée, vous développez une immunité définitive : vous ne pouvez plus attraper la toxoplasmose.
C'est précisément pour cette raison que cette infection est surveillée de près pendant la grossesse : si vous n'avez jamais été en contact avec le parasite, une primo-infection en cours de grossesse peut potentiellement affecter le fœtus.
Le parasite se transmet principalement par trois voies :
La viande crue ou insuffisamment cuite. Lorsqu'un animal (bœuf, agneau, porc, gibier) a ingéré des parasites présents dans le sol ou l'eau, il développe des kystes dans ses tissus. Consommer cette viande sans cuisson suffisante peut transmettre l'infection.
Les fruits et légumes mal lavés. Les sols peuvent être contaminés par les déjections des chats porteurs du parasite. Des légumes ou fruits en contact avec cette terre, consommés sans lavage soigneux, peuvent être vecteurs d'infection.
Le contact avec la litière d'un chat. Le chat joue un rôle central dans le cycle du parasite : il peut excréter dans ses selles des formes infectieuses du parasite, présentes ensuite dans sa litière. C'est pourquoi le nettoyage de la litière est déconseillé aux femmes enceintes non immunisées.
la marque en moins, l'info en plus : la toxoplasmose ne se transmet pas d'une personne à une autre. Vous ne pouvez pas l'attraper au contact de quelqu'un qui en est atteint.
Dès votre première consultation prénatale, votre médecin ou sage-femme vous prescrit une prise de sang pour vérifier votre statut sérologique vis-à-vis de la toxoplasmose. C'est ce qu'on appelle la sérologie toxoplasmique.
Deux situations possibles :
Vous êtes immunisée (IgG positives, IgM négatives). Vous avez déjà été en contact avec le parasite dans le passé. Votre organisme a développé des anticorps protecteurs. Vous et votre bébé êtes protégés pour toute la durée de la grossesse. Aucune restriction alimentaire spécifique à la toxoplasmose ne s'applique à vous.
Vous n'êtes pas immunisée (IgG et IgM négatives). Vous n'avez jamais rencontré le parasite. Une primo-infection pendant la grossesse pourrait présenter un risque pour le fœtus. C'est dans ce cas que les précautions alimentaires et le suivi mensuel entrent en jeu.
Des IgM positives signalent une infection récente. Cela ne veut pas nécessairement dire que vous avez été contaminée pendant la grossesse : les IgM peuvent rester détectables pendant plusieurs mois après une infection. Pour préciser le moment de la contamination, un test complémentaire appelé indice d'avidité est réalisé. Il permet d'estimer si l'infection date d'avant ou d'après le début de la grossesse, ce qui est déterminant pour la prise en charge.
C'est la question qui inquiète le plus, et c'est normal d'y réfléchir. Quelques éléments importants pour mettre les choses en perspective.
Le risque de transmission du parasite de la mère au fœtus existe, mais il varie selon le stade de la grossesse. Au premier trimestre, ce risque est estimé autour de 10%. Il augmente progressivement pour atteindre environ 60% au troisième trimestre. Autrement dit, plus la grossesse est avancée, plus le risque de transmission est élevé.
En revanche, c'est l'inverse pour la gravité des conséquences. Une infection en tout début de grossesse, si elle est transmise au fœtus, peut entraîner des complications plus sévères qu'une infection survenant en fin de grossesse. En fin de grossesse, si transmission il y a, les atteintes sont généralement moins importantes.
Parmi les complications possibles en cas de toxoplasmose congénitale : des atteintes neurologiques, des anomalies oculaires pouvant affecter la vision, un retard de développement. Ces complications ne sont pas systématiques, et un suivi médical rigoureux permet d'agir rapidement si nécessaire.
la marque en moins, l'info en plus : il est important de rappeler que la grande majorité des femmes enceintes non immunisées ne contractent pas la toxoplasmose pendant leur grossesse, notamment grâce aux précautions mises en place.
Si vous n'êtes pas immunisée, voici les précautions alimentaires à adopter pour toute la durée de la grossesse. L'idée n'est pas de vivre dans l'angoisse de chaque repas, mais d'appliquer quelques règles simples et cohérentes.
La viande crue ou rosée. Carpaccio, tartare, viande saignante, steak haché peu cuit : tous ces aliments sont à écarter le temps de la grossesse. La viande doit être cuite à cœur.
La charcuterie à base de viande crue. Saucisson sec, salami, jambon cru, rillettes non pasteurisées : ces produits ne sont pas cuits et peuvent contenir des kystes du parasite. Le jambon cuit, lui, ne pose pas de problème.
Les crudités mal lavées. Salade, herbes aromatiques, fraises, légumes-racines : tout ce qui est consommé cru doit être soigneusement rincé à l'eau claire pour éliminer toute trace de terre potentiellement souillée. Inutile d'utiliser du vinaigre ou autre produit : l'eau claire suffit à condition d'être minutieuse.
Les fruits de mer et coquillages crus. Huîtres, moules, crevettes crues, surimi (à base de poisson cru reconstitué) : à éviter ou à consommer cuits.
L'eau du robinet en cas de doute. En France métropolitaine, l'eau du robinet est généralement sûre. En voyage dans des zones où la qualité de l'eau est incertaine, préférez l'eau en bouteille.
Tous les aliments bien cuits, qu'ils soient d'origine animale ou végétale. Les fromages à pâte cuite comme l'emmental. Les œufs bien cuits. Les fruits et légumes consommés après un lavage soigneux. Les produits laitiers pasteurisés.
Pour une vision complète des aliments autorisés et interdits pendant la grossesse, vous trouverez plus de détails dans notre guide des aliments interdits pendant la grossesse.
C'est la question qui revient le plus souvent, et elle mérite une réponse nuancée.
Un chat d'intérieur, nourri exclusivement avec des croquettes ou des boîtes, et qui ne chasse pas, ne présente quasiment aucun risque de transmission de la toxoplasmose. Ce type de chat n'est tout simplement pas exposé au parasite.
En revanche, un chat qui sort, chasse des rongeurs ou des oiseaux et revient à l'intérieur peut excréter des formes infectieuses du parasite dans ses selles. Dans ce cas, le nettoyage de la litière doit être délégué à une autre personne pendant toute la durée de la grossesse. Si ce n'est pas possible, portez des gants imperméables et lavez-vous les mains soigneusement après.
Un détail qui a son importance : la litière doit être nettoyée tous les jours. Le parasite n'est pas immédiatement infectieux dans les selles fraîches, il lui faut 24 à 48 heures pour devenir dangereux. En changeant la litière quotidiennement, on supprime ce risque presque entièrement.
la marque en moins, l'info en plus : les griffures de chat ne présentent pas de risque de transmission de la toxoplasmose.
Le chien n'est pas vecteur de la toxoplasmose. Les caresses, les contacts ou le fait de partager le canapé avec lui ne présentent aucun risque pour une femme enceinte. En revanche, si votre chien a tendance à manger des déjections de chats dans le jardin, les règles d'hygiène habituelles s'appliquent (se laver les mains après les promenades).
Au-delà de l'alimentation, quelques gestes simples permettent de limiter encore davantage les risques de toxoplasmose.
Se laver les mains régulièrement, avec du savon, en prenant soin de brosser les ongles : avant et après la préparation des repas, après avoir manipulé de la viande crue, après le jardinage, après tout contact avec de la terre ou un animal.
Porter des gants pour jardiner. La terre peut être contaminée par des déjections de chats. Porter des gants et se laver les mains après suffit à éviter tout risque.
Bien laver les ustensiles de cuisine après contact avec de la viande crue, en particulier les planches à découper et les couteaux.
Congeler la viande avant de la cuisiner si vous souhaitez une précaution supplémentaire : une congélation à -18°C pendant au moins 3 jours détruit le parasite.
En France, le dépistage sérologique de la toxoplasmose est obligatoire avant ou dès la première consultation prénatale. Si vous n'êtes pas immunisée, la sérologie est renouvelée chaque mois jusqu'à l'accouchement inclus et le mois qui suit. Ce suivi rapproché permet de détecter rapidement une éventuelle contamination et d'agir dans les meilleurs délais.
La sérologie recherche deux types d'anticorps :
IgG négatives et IgM négatives : vous n'êtes pas immunisée. Suivi mensuel mis en place.
IgG positives et IgM négatives : immunité ancienne. Vous et bébé êtes protégés.
IgM positives : infection récente possible. Un test d'avidité est réalisé pour préciser la date d'infection.
Si une première infection en cours de grossesse est confirmée, vous serez orientée vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN). Des spécialistes assureront un suivi adapté, qui peut inclure des échographies de contrôle, une IRM fœtale, et parfois une amniocentèse pour vérifier si le parasite a été transmis au fœtus.
Un traitement antibiotique est aussi débuté rapidement pour limiter le risque de transmission au fœtus. Si une transmission est confirmée, d'autres antibiotiques peuvent être ajoutés jusqu'à l'accouchement. Ce traitement est bien toléré et a prouvé son efficacité pour réduire les conséquences de la toxoplasmose congénitale.
la marque en moins, l'info en plus : il n'existe pas de vaccin contre la toxoplasmose. Contrairement à la rubéole, qui peut être prévenue avant la grossesse par une vaccination, la protection contre la toxoplasmose repose uniquement sur des mesures de prévention. C'est pour cette raison que le suivi sérologique mensuel est si important chez les femmes non immunisées : il permet de réagir vite si une contamination survient.
Si vous êtes immunisée contre la toxoplasmose, aucune restriction particulière ne s'applique pendant votre grossesse.
Si vous n'êtes pas immunisée, une sérologie mensuelle est mise en place et quelques précautions alimentaires et d'hygiène simples suffisent à réduire très fortement le risque.
La viande doit être cuite à cœur, les fruits et légumes bien lavés, la charcuterie crue évitée.
Le nettoyage de la litière du chat doit être délégué si possible ; le chien ne présente aucun risque.
En cas de doute sur un résultat de prise de sang, votre médecin ou sage-femme reste votre meilleur interlocuteur.
Seule une prise de sang le dit avec certitude. La sérologie de la toxoplasmose est prescrite systématiquement dès la première consultation prénatale. Si vos IgG sont positives et vos IgM négatives, vous êtes immunisée de façon
Non. Le saucisson sec est une charcuterie à base de viande crue non cuite, qui peut contenir des kystes du parasite. Il est déconseillé pendant toute la grossesse chez les femmes non immunisées. Le jambon cuit, lui, ne pose pas de problème.
Les crevettes cuites sont sans problème. Les crevettes crues ou le surimi (qui contient du poisson cru reconstitué) sont à éviter si vous n'êtes pas immunisée contre la toxoplasmose.
Le fromage fondu de la raclette est sans problème vis-à-vis de la toxoplasmose car la chaleur détruit le parasite. La raclette est en revanche souvent accompagnée de charcuterie crue : c'est là que la vigilance s'impose pour les femmes non immunisées.
Cela dépend du stade de la grossesse et de la rapidité de la prise en charge. Une contamination détectée tôt et traitée rapidement permet de limiter significativement les risques pour le fœtus. C'est pour cette raison que le suivi sérologique mensuel est si important..
Si votre chat est un chat d'intérieur nourri avec des croquettes ou des boîtes et ne chasse pas, le risque est pratiquement nul. Le contact physique avec le chat ne transmet pas la toxoplasmose : c'est la litière qui est le point de vigilance, pas les câlins.
Non. Vous ne pouvez pas attraper la toxoplasmose en côtoyant quelqu'un qui en est atteint. La transmission se fait uniquement par voie alimentaire ou par contact avec des déjections de chats porteurs.
Oui, les champignons bien cuits ne présentent aucun risque lié à la toxoplasmose. Les champignons crus ou insuffisamment lavés en contact avec la terre nécessitent cependant un rinçage soigneux avant d'être consommés.